| 06 Décembre 2009
Cause récurrente d’inaptitude, nous allons essayer de vous déchiffrer les textes en vigueur en 2009 (attention, ils sont susceptibles de changer en permanence). Les interprétations ci-dessous ne remplaceront en aucun cas les explications données par votre ophtalmologue ou par un professionnel de la vue.
Pour tout porteur d’une correction optique, il faut bien différencier les dioptries (unité de mesure servant à la correction optique) et l’acuité visuelle (en termes vulgarisés, ce serait l’équivalent de la qualité de votre vue à percevoir un objet, un peu comme la résolution de votre écran). L’acuité visuelle est donnée en dixième. Une acuité normale (donc une vision correcte), elle est de 10/10. Elle peut être supérieure à 10, comme 12 ou 15/10. Cela traduit donc une vison « supérieure à la normale ». Si elle est inférieure à 10, elle est logiquement inférieure à la normale. Il n’y a pas de relation avec les dioptries puisqu’une personne ayant une correction de 5 dioptries (ou plus, ou moins) peut très bien avoir 15/10 ou 10/10 d’acuité. Il ne faut donc pas confondre ces deux éléments qui sont séparés.
A titre purement informatif, nous parlerons ici des 3 erreurs de réfraction les plus courantes chez les personnes plutôt jeunes : la myopie (l’œil est trop long, l’image se forme donc en avant de la rétine), l’hypermétropie (œil trop court, l’image se forme derrière la rétine) et l’astigmatisme (inégalité de la courbure de l’œil sur un axe donné). Sur les prescriptions pour une correction optique, vous verrez donc dans la case « spé[rique] » un signe « - » devant un chiffre (exemple : -3.75) si vous êtes myope ou un signe « + » devant un chiffre (exemple : +2.5) si vous êtes hypermétropes. Si vous avez de l’astigmatisme, les dioptries seront notées dans la case « cyl[indre] » immédiatement suivi d’un axe en degré (exemple : -0.75 120°).
Classe 1
Pour les candidats à l’examen initial de la classe 1, l’erreur de réfraction ne devra pas excéder +5/-6* dioptries pour le méridien le plus réfringent avec un maximum de 2 dioptries pour l’astigmatisme.
Les valeurs s’additionnent en valeur absolue si les signes sont contraires. Exemple : +4 dioptries d‘hypermétropie et -1.5 d’astigmatisme feront un total de 5.5 dioptries. En plus de cette erreur de réfraction à ne pas dépasser, il faudra également que la différence (s’il y a) d’erreur de réfraction entre les deux yeux ne dépasse pas 2 dioptries.
L’acuité visuelle, avec correction si nécessaire, devra être au moins égale à 7/10 pour chacun des deux yeux pris individuellement et de 10/10 ou plus en vision binoculaire.
Pour les renouvellements de la classe 1, l’erreur de réfraction peut être supérieure à -6 dioptries pour la myopie ou plus de 3 dioptries pour l’astigmatisme s’il n’y a pas de pathologie démontrée et qu’une bonne correction a été trouvée. La différence tolérée de l’erreur de réfraction entre les deux yeux pourra être plus grande que 3 dioptries. Dans ces trois cas, il faudra refaire un test par un ophtalmologue tous les deux ans, dans les pays qui n’obligent pas à repasser devant un CEMPN.
Un kératocône entraine une inaptitude lors d’une visite d’admission initiale mais peut-être toléré pour un renouvellement ou une revalidation.
Classe 2
Pour les candidats à l’examen initial de la classe 2, l’erreur de réfraction ne devra pas excéder +5/-8 dioptries pour le méridien le plus réfringent. Au renouvellement, la myopie pourra être supérieure à -8 dioptries s’il n’y a pas de pathologie déclarée.
Une classe 2 peut être obtenue dans certains cas de mono-vision.
Chirurgie réfractive
Pourquoi ne pas passer sous le bistouri (pardon, le laser !) de votre médecin pour régler vos petites imperfections de vision pour une classe 1? Simplement que les conditions préopératoires sont exactement les même que pour une admission ! En d’autres termes, vous serez aptes à avoir le précieux papier avant même de vous faire charcuter. C’est donc courir un gros risque de vous retrouvez inapte suite à l’opération car les exigences postopératoires sont extrêmement strictes. Même si la chirurgie d’aujourd’hui fait de véritables petits miracles, vous n’êtes pas à l’abri d’éblouissement la nuit ou de halo autour des lumières. Peu handicapant dans une vie normale, ces petits inconvénients sont des causes d’inaptitude pour la précieuse classe 1. Alors avant de vous faire opérer, réfléchissez-y sérieusement.
Traduction des textes concernant la chirurgie réfractive :
« Chirurgie de l’œil
Après une chirurgie réfractive, une aptitude peut être délivrée à condition que :
- i. La réfraction préopératoire ne soit pas plus grande que +5/-6 dioptries ;
- ii. La stabilité de la réfraction postopératoire ait été atteinte (moins de 0.75 dioptrie diurne) ;
- iii. L’examen des yeux ne révèle aucune complication postopératoire ;
- iv. La sensibilité à l’éblouissement soit dans les standards normaux ;
- v. La sensibilité au contraste mésopique ne soit pas altérée ;
- vi. L’examen soit fait par un ophtalmologue. »
Daltonisme
Autre cause courante d’inaptitude ou de limitation (ex : vol VFR de jour uniquement), le test de la vision des couleurs se fait par les tables d'Ishihara (les exemples sont faciles à trouver sur internet). Le test est considéré comme réussi si les 15 premières tables sont lus sans erreurs ni hésitations. Pour ceux devant subir des tests complémentaires, pas de panique encore ! Vous avez le droit à une dernière chance pour la classe 1 : la lanterne de Beyne (ou anomaloscope de Magel selon les pays). Ces tests complémentaires – en cas d’échec aux tables d'Ishihara – consistent en une succession de feux-projecteur colorés. Une seule hésitation ou erreur sera, cette fois, rédhibitoire pour la classe 1. Un daltonisme peut être admis pour une classe 2 (en fonction du degré et des limitations applicables sur la licence).
* La France applique une limite de +/-3 dioptries. Pour une erreur de réfraction supérieure, il faudra faire une demande de dérogation au CMAC (Conseil Médical de l’Aviation Civile) qui sera attribuée au cas par cas. On peut noter une très grande amélioration ces derniers mois puisque des dérogations pour des myopies jusqu’à 7.25 dioptries ont été accordées ! Il semblerait, sous toutes réserves, que les pays appliquant strictement les normes du FCL 3 peuvent aussi accorder des dérogations au cas par car pour des erreurs de réfractions à la limite supérieure des standards.
Il est à parier que d’ici quelques années, ces valeurs maximales de corrections disparaîtront pour enfin s’accorder avec les normes FAA (régissant actuellement la plus grande majorité du monde) qui n’appliquent aucune restriction en termes de dioptries, le principe de précaution ne semblant plus être un argument suffisant…
En revanche, les dérogations sont attribuées au cas par cas et exige du candidat qu’il n’ait aucun autre examen limite dans tous ceux qui ont été subis. Puisqu’aujourd’hui en France, des candidats répondant aux critères de l’EASA sont contraints de demander une dérogation dans certains cas (exemple : une myopie à 5 dioptries), nous ne saurions que fortement leur recommander de passer leur classe 1 dans un autre état européen. Ainsi, si par malchance ils avaient un autre examen « limite » (ex : ORL), cela pourrait leur être que bénéfique de n’avoir qu’un seul et unique résultat limite et non deux…



